Pour que le bateau dure longtemps, il faut parfaitement soigner les ajustages. C'est ça qui fait la solidité d'une coque. Pas un poil de jeu, de toutes petites coutures, des barrots bien ajustés en queue d'aronde, bien fixés, rien ne peut plus jouer. Les pointes et les vis n'y feront rien si l'ajustage n'est pas parfait !
Ce qui compte, avant tout, c'est de bien choisir le bois. Il ne faut le travailler que lorsqu'il est parfaitement sec : on compte un an de séchage (au chantier) au cm d'épaisseur pour l'acajou. C'est un bois qui réunit deux qualités essentielles : quasiment imputrescible, il a aussi une faible capacité d'absoption, ce qui fait que les bateaux s'alourdissent peu avec le temps.
La technique de construction est toujours la même, depuis des années. Il faut commencer par ajuster les pièces majeures en iroko et le lest ; on les met en ligne couchés. Les écarts sont boulonnés et collés à la colle rouge puis on relève le tout, le saumon posé sur des cales.


Ensuite, les gabarits sont mis en place et on ploie les lisses d'exécution qui donnent la forme. Si un gabarit se trouve trop monté ou trop descendu, ça se voit tout de suite à l'oeil, et on peut régler. Et quand tout est bien balancé, on peut tracer et ajus­ter les varangues en chêne qui épousent les lisses et sont boulonnées sur la quille. Le tableau, d'une seule masse, est généralement plat. L'étambot est assemblé par tenons et mortaises et chevillé dans la quille. A ce moment-là, il faut que le bateau soit parfaitement de niveau, retenu aux parois du chantier et aux poutres du plafond par des écharper qui ne lui permettent pas de bouger. Les traverser empêchent les gabarits de se fermer et le faitage bloque le tout. Le bateau ne peut plus jouer, on peut commencer à border.

Généralement, le bordage commence par le haut, jusqu'au tournant de bouchain, en alternant un bordé sur chaque bord pour que le bateau ne force pas d'un côté. Ça donnerait un voilier dissy­métrique et bordier. Les bordés sont cloués avec des pointes galva aux varangues et seront rivetés cuivre aux membrures. On laisse un clos au bouchain avant de repartir en bas, galbord, ribord...
Quand il ne reste plus que le clos, l'acacia est mis à l'étuve, et les membrures posées, ajustées dans les entailles prévues dans la quille, ployées et rivetées sur le bordé. Je leur donne une maille assez petite, 12 cm, et sur un J.25, leur dimension est de 23 x 27 mm pour un bordé de 18 mm.
Je préfère cette méthode à celle de la claire-voie qui présente un risque : quand une membrure comporte un petit contre-fil, elle ne décrit pas une courbe parfaite. Elle fait alors une bosse qui se loge dans le jour entre deux bordés. Cette bosse va empêcher le bordé de se cintrer impeccablement et ça se verra toujours un peu. Ça n'arrive pas quand les membrures s'appuient sur le bordé complet.

Les bordés sont tracés et découpés de façon à laisser un tout petit joint et après rivetage il suffira d'un simple fil de coton pour assurer le calfatage, qu'on termine au mastic epoxy. Ça donne aux cou­tures une longévité exceptionnelle. Les têtes de rivet se logent dans des avant-trous fraisés à la gouge. Les plus gros, ceux des serres, sont tamponnés.
Un hiloire renversé, vissé avec joint epoxy, assure la liaison pont-rouf. On enchasse les barrots de pont en queue d'aronde dans la serre, et le pont en contre-plaqué marine est cloué aux barrots.
La finition consiste essentiellement en un pon­çage très soigneux, suivi par huit à dix couches de vernis gras polyuréthane.


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